21.10.2008
Manuel de gestion de crise #4
J’y vais parfois, je détruis un par un les mails, j’y vais à pas de chat, sur la pointe du clavier, je me teste, j’observe mes réactions, j’évalue ce qui reste en moi, la trace encore chaude, une braise un peu traitre, un souffle de mémoire et ça repart, je réalise pourtant à froid, que le jour où je disais aux filles « nous allons dans le Sud en Août, on a loué une maison, ce sera bien… » il annonçait à sa femme chérie et au père de mes enfants son intention de se séparer de moi. C’est décidemment une constante chez moi: les maisons me portent la poisse.
C’est dans une liasse imprimée d’annonces immobilières que j’avais trouvé la facture de location d’un bateau, avec les noms de R. et de MA, leurs numéros de permis de bateau , la date…
J’ai relu cette histoire de faire-part, à la mort du grand-père, il y est dit que seuls les conjoints officiels seront mentionnés, tu n’es pas autorisée à partager notre chagrin vois-tu, surtout pas sur le papier, dans le journal, tu n’es pas « le conjoint officiel ». Je n'y avais pas prêté attention, toute concentré sur le fait qu'il devait être terriblement triste, et que je ne savais rien de sa tristesse.
Bien sûr je savais déjà depuis longtemps, mais je ne voulais pas lâcher prise. Je ne flingue pas mes illusions comme ça, malheureusement. Mon manque de réalisme sûrement.
Et ce matin un mail d’un inconnu, avec un prénom italien, un nom latin
J’ai failli zapper
Et j’ai bien fait d’ouvrir
C’est un mail d’un ami de mes anges sardes
De ces amis du dernier été, celui avant la chute
Le boulanger et sa femme épicière, les êtres les plus solaires qu’il m’ait été donné de rencontrer
Je les croyais enfouis à jamais dans le carnet d’adresse des amis réservés du père de mes enfants
Ils veulent avoir de mes nouvelles
Que je leur téléphone
Alors ils envoient en émissaire cet ami là
Bien sûr je sais qui leur a donné mon adresse
C’est gentil de sa part (il est gentil en ce moment je trouve)
Je ne détruirai pas cette boite aux lettres, juste un par un les mails balises de la grande arnaque
Jusqu’à ce qu’il ne reste que les rayons de soleil, de Sardaigne ou d’ailleurs
Au milieu du champ de ruines,comme un petit carnet d’adresse , un agenda, rescapé et intact
Celui dans lequel sont inscrits ces instants de bonheur, à l’encre invisible, il suffit d’ouvrir les yeux, de cligner des cils, de refermer les yeux, et tout s’imprime, révélateur de ma capacité perdue à être faite pour le bonheur simple des gens simples, celui des pêcheurs d’oursins, des faiseurs de pain, des coupeurs de tranches fines de prosciutto, si fines qu’on y voit le soleil à travers.
Et la prochaine maison, c’est moi qui la trouverai, toute seule, et je la retaperai jusqu’à la fin de mes jours, pour mes petits enfants, et personne ne pourra jamais m’en déloger. C’est pour ça qu’en ce moment je me déguise en bulldozer. Et que mes enfants me trouvent gaie, joyeuse, apaisante, rassurante.
Tu m’étonnes.
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Commentaires
Ah pbe, le fette façon papier à cigarettes de prosciutto et de mortadella, tellement fines fines fines qu'on n'arrive plus à les décoller les unes des autres pour les fourrer dans les panini, ça me file des bouffées d'Ital-illico... Ajoute un petit campari con bianco (uno per due, kom c qu'y disait le beau-père), trois antipasti et ça y est, back à Bergamo!
Écrit par : Kiki | 21.10.2008
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